Pas en notre nom.
L’actualité concernant les étrangers, tant dans la Vienne qu’ailleurs nous oblige, nous citoyen-ne-s, élu-e-s, militant-e-s, enseignant-e-s, syndicalistes, parents d’élèves… à réagir de la manière la plus nette qui soit. Face à ces dérives dangereuses pour la démocratie et les droits humains, nous tenons à dire publiquement que les élus qui adopteraient le projet de réforme du code d’entrée et de séjour des étrangers (dit Ceseda) tel qu’il est proposé par M.Sarkozy ne le feraient pas en notre nom.
Nous tenons à dire collectivement que nous nous retrouvons dans
« l’insurrection des consciences »
face aux politiques actuelles vis à vis des étrangers et aux pratiques des préfectures.
. Nous refusons de voir bafoués les droits humains les plus fondamentaux.
. Nous refusons que soient séparées des familles. Qu’un père soit arrêté en amenant sa femme à la maternité, puis reconduit à la frontière en laissant son enfant de dix jours.
. Nous refusons de voir mis en rétention un père d’enfants scolarisés le jour même où le préfet déclare à des journalistes qu’il n’expulserait pas de parents d’enfants scolarisés.
. Nous refusons de voir déboutées des femmes qui ont fui des mariages forcés, ont refusé de voir leurs filles excisées comme elles l’ont elles même été. Les dangers qu’encourent ces femmes doivent être entendus comme des atteintes aux droits humains.
. Nous refusons le déni qui est fait de toutes ces histoires, de toutes ces vies, de toutes ces souffrances, de tous ces rêves brisés que nous rencontrons. Ils ne sauraient se réduire à des objectifs chiffrés d’immigration utile, à des objectifs de résultat de la préfecture.
. Nous refusons cette politique du soupçon généralisé vis-à-vis des étrangers. Leur vie affective, sexuelle, familiale, leur état de santé… sont dignes du respect et de la considération les plus élémentaires.
. Nous refusons les objectifs gouvernementaux en matière de lutte contre l’immigration irrégulière (23 000 reconduites en 2005, 25 000 en 2006). Dans le but unique d’atteindre ces objectifs, les situations individuelles ne sont plus prises en compte, au mépris du respect des droits et des liens personnels et familiaux.
. Nous refusons d’être complices des 500 morts chaque année aux portes de l’Europe (6 300 morts depuis 1993). A l’Europe forteresse des grillages et des barbelés, des systèmes de surveillance sophistiqués, aux naufrages d’embarcation de fortune, nous opposons une véritable politique solidaire entre le Nord et le Sud.
. Nous refusons d’être complices d’expulsions groupées, par nationalité. Les expulsions collectives sont interdites par le droit international. L’Europe ne saurait se construire sur ces dérives sécuritaires et inhumaines.
. Nous refusons d’être complices de rafles aux stations de métro, de contrôles au faciès, toutes ces dérives qui gangrènent la démocratie et menacent les libertés de tous et toutes.
. Nous refusons les opérations de contrôle d’identité aux abords des établissements scolaires, la police et la justice se servant d’inspecteurs académiques ou de proviseurs comme supplétifs pour localiser des enfants de parents sans-papiers.
. Nous dénonçons la mort annoncée du droit d’asile.
. Nous refusons le projet de loi CESEDA proposé par le gouvernement sur l’immigration. Il conduit à une négation radicale des droits fondamentaux de la personne. Il restreint encore plus radicalement le droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, de toutes celles et tous ceux qui construisent leur vie en France. Il entérine la quasi-disparition de cet « outil d’intégration » qu’était la carte de résident. Il s’attaque au séjour des malades étrangers.
Si ce projet était adopté, il ne fera pas bon s’aimer entre Français-e-s et étranger-e-s, vouloir vivre avec sa famille ou avoir des enfants.
. Nous refusons la perspective utilitariste de ce projet. Le gouvernement affiche sa volonté d’aller piller les capacités et talents dans le monde. Ne sera ‘acceptable’ que l’étranger perçu comme rentable pour l’économie française. Quant aux autres, ni leur situation personnelle, ni leur situation familiale ne leur conféreront désormais des droits, au point que les régularisations deviendront quasiment impossibles. Ce projet crée une nouvelle catégorie de travailleurs étrangers dont la durée du séjour est limitée au bon vouloir de leur patron. De plus, la suppression du droit de délivrance d’un titre de séjour, pour les étrangers présents depuis au moins dix ans en France, les condamne à l’irrégularité perpétuelle. Le projet sélectionnera de façon aggravée l’entrée des étudiants étrangers dans ce pays.
Quant aux étrangers en situation régulière, l’obtention du droit de vivre en famille devient un exploit : le gouvernement prévoit de durcir les conditions du regroupement familial (ressources, logement, avis du maire sur l’’intégration’ de la famille. Il jette la suspicion sur les pères étrangers d’enfants français, qui devront justifier de leur paternité.
. Nous appelons donc à nous mobiliser contre la réforme CESEDA qui, si elle était adoptée, ferait des étrangers en France, réguliers ou irréguliers, une population de seconde zone, privée de droits, précarisée et livrée pieds et poings liés à l’arbitraire du patronat, de l’administration et du pouvoir.
. Nous soutenons la campagne nationale et la pétition ‘Uni-e-s contre l’immigration jetable’, initiée par plus de 650 organisations.
Nous ne pouvons pas, nous ne voulons pas nous habituer à des méthodes qui ouvrent la porte à toutes les dérives possibles, à des pratiques indignes et de triste mémoire. Nous protestons contre tout ce qui humilie l’être humain. De nombreux citoyen-ne-s ne se reconnaissent pas dans de telles atteintes faites aux droits fondamentaux : nous en faisons partie.
Nous ne laisserons pas commettre
de telles atteintes
en notre nom.
Depuis le 29 mai des sans papiers de la Vienne ont entamé une grève de la faim. Devant une telle décision, notre détermination est encore plus grande de voir réglée la situation qui leur est faite.
Nous appelons donc à soutenir ce mouvement en leur rendant visite l’ancienne école St Louis, 34 rue de la Bretonnerie (près du Conservatoire de région), en participant aux initiatives prises par le collectif des sans papiers et par le collectif de soutien (solidaires.sanspap86@ouvaton.org)
Chèques à l’ordre du MRAP (22 rue du Pigeon Blanc 86000 POITIERS)
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